Pendant que j’étais à l’hôpital, ma fille de onze ans est restée plantée devant la salle où se célébrait le mariage de ma sœur. Elle a attendu là, dans un froid qui vous mord les os, pendant des heures. De l’autre côté de la porte, elle entendait les éclats de rire, les verres qui s’entrechoquaient, la musique… mais personne n’a pensé à lui ouvrir. Pas un regard. Pas un geste.
C’est étrange, mais les familles sont souvent très douées pour tracer des frontières invisibles : ceux qui “en sont” et ceux qui restent sur le pas de la porte. Moi, j’ai compris très tôt de quel côté on m’avait rangée. J’ai appris à sourire quand une phrase me transperçait, à acquiescer pendant qu’on me rayait … Read more